L’origine du mariage – partie3

A voir d’ailleurs affronter au cours de d’histoire des conceptions du mariage qui nous semblent bien antithétiques, on se demande dans quelle mesure les textes nous pressentent une véritable image du mariage ou celle que souhaitent en donner leurs auteurs. Qu’il s’agisse de chroniques, de textes littéraires, de traites théologiques ou de textes juridiques, ce sont surtout des visions qui s’opposent et qui se coulent dans une littérature militante. Georges Duby a montre comment, à travers le récit bien authentique de la vie du comte de Guînes, un chroniqueur tente de faire passer un modèle de vie, celui du mari et du veuf, a partir de lieux communs dans lesquels il coule tout naturellement son récit. Les vies de saintes de leur coté insistaient sur le thème des « mal mariées » à une époque ou l’Eglise tentait d'imposer le consentement de la femme dans la cérémonie nuptiale. Quant à la littérature courtoise, elle véhicule aussi bien les regrets voiles d’antiques formes de mariages que les codes féodaux pour une nouvelle union. Plus qu’une histoire du mariage qui fut souvent entreprise à partir de textes juridiques (surtout en droit canon), historiques ou littéraires, ce sont ces images du mariage que j’ai voulu évoquer. Dans le miroir que nous tendent les témoins de leur temps, c’est leur propre reflet que nous trouvons plus souvent que celui de la société dans laquelle ils vivent. En confrontant ces images, j'ai tache d’en dégager la part de réalité, tout en sachant la mosaïque si vaste qu’on ne pourra jamais qu’en esquisser le dessin à partir de quelques abacules épars. J’ai voulu me limiter au champ déjà bien large de mes précédentes études : l’Europe occidentale et chrétienne. La limite temporelle s’impose : dans l’histoire du mariage, la conception chrétienne sur laquelle nous vivons encore, quoique laïcisée, a marqué une rupture radicale. La reconnaissance d’un seul type d'union et d’une cérémonie unique qui la concrétise est une innovation importante. Le modèle sacramentel mettant l’accent sur l’amour entre les époux à l’image de celui du Christ pour son Eglise a humanise, quoique très lentement, le mariage primitif. La proclamation de l’indissolubilité qui en résulte est un fait sans précèdent dont nous ne sommes pas entièrement guéris. La sévérité avec laquelle on s’est mis à calculer les degrés de parente est une révolution dans la conception de l’inceste. Le consensualisme auquel s'est farouchement accrochée l’Eglise a atténue comme il a pu les effets des conceptions patriarcales et «machistes » primitives. Pour bien des raisons, il convenait de faire commencer aux Pères des premiers siècles l’histoire du mariage occidental, quitte à évoquer plus rapidement les héritages germanique, juif et romain. Quant a la limitation spatiale, elle est surtout possible pour la chrétienté médiéval. Dès le 17° siècle, les traditions catholique, anglicane et protestante sont trop éloignées pour qu’on puisse garder cette échelle européenne. De plus en plus, je me limiterai à la France, quitte à faire, de temps à autre, de rapides ouvertures sur d’autres pays. Si j’ai taché d'aborder la plupart des thèmes qui ont rapport au mariage, j’ai du aussi me limiter dans ce domaine. Je n'envisage le mariage que comme acte et non comme état: j’étudie ainsi les conceptions du mariage, les cérémonies, les conditions nécessaires à son accomplissement, les manières d’en sortir ou de le renouveler, mais non la vie conjugale, l’autorité maritale, les querelles domestiques, les structures familiales. Qui concernent l’état d’homme marié: et mériteraient une monographie particulière.