Le voile de la mariée3

Durant les deux premiers siècles, il semble que l'usage de la couronne soit banni des mariages chrétiens. Mais au début du ine siècle, on sent déjà un combat d'arrière-garde chez Ter-tullien, que son zèle finira par conduire à l'hérésie montaniste. Des verres commémorant le mariage et remontant à cette époque nous montrent, à la place de la Junon traditionnelle, le Christ couronnant les époux. Comment d'ailleurs aurait-on condamné un usage qui se retrouve dans l'un et l'autre Testament ? Malgré l'opposition de certains prêtres trop intègres, donc, la couronne n'est plus assimilée au paganisme. Le plus souvent, elle est remise par le père de la mariée et peut être comprise comme un rite civil. Certains, rapporte Tertullien, la justifiaient comme une coutume détournée de sa signification originelle : ainsi l'écriture, inventée disait-on par Mercure, ou la médecine attribuée à Esculape ont-elles perdu leur caractères sacré primitif et sont-elles permises aux chrétiens. L'usage est d'ailleurs trop bien établi pour être détrôné, surtout CP Orient. Là-bas, des pères comme Grégoire de Nazianze tolèrent la couronne, mais trouvent plus décent que le père, plutôt que le prêtre, la remette. Dans la Vie de saint Amateur où nous avons rencontré le voile romain (vies.), elle fait partie des ornements habituels de la mariée qui lui sont passés par les habilleuses (ornatricum) sans participer à une cérémonie quelconque. Il s'agit d'ailleurs d'une couronne ornée de tours (turrita corona) qui fait davantage penser à une couronne de métal qu'à une guirlande de fleurs. Puisque la couronne est indéracinable, il s'agit de lui donner une interprétation chrétienne. L'Antiquité en avait fait un symbole de victoire : saint Jean Chrysostome l'interprète donc comme le triomphe des époux sur les tentations de la chair et la recommande aux époux chastes, arrivés vierges au mariage, sans avoir été vaincus par les « prostituées ». Comme ce sont ; ces mêmes époux purs qui peuvent recevoir la bénédiction nuptiale, couronnement et bénédiction sont bientôt associes C'est le prêtre alors qui couronne les époux, et la cérémonie devient rituelle à Constantinople à la fin du ive siècle. La couronne est alors le principal rite de mariage byzantin, aussi important que la velatio en Occident.