Les mariages clandestins3
Ce sont bien les mariages d'amour (affectio, affexion impu¬dique...) qui sont visés, comme dans tous les textes de l'époque 10. Sa conclusion est nette : « Je di, être chose trêcertaine, trêconstante, et trêvéritable, le mariage contracté par les enfants, sans le vouloir, consentement, et autorité des pères, être de tout droit divin, naturel, et humain invallable, et de nul effet. » Seules exceptions à cette règle : le consentement tacite du père qui ne poursuit pas son fils en justice ; la consommation qui rend valide tout mariage ; l'absence du père pendant plus de trois ans, qui empêche de demander son consentement, et les atermoiements du père, qui perd toute autorité sur sa fille s'il ne l'a pas mariée à vingt-cinq ans! Sans doute faut-il rapprocher cet âge, imposé par le décret de ; Henri II, de celui où les jeunes filles fêtent sainte Catherine : ; si, aujourd'hui, les catherinettes donnent l'impression de ne pas avoir trouvé de mari, il est probable que, primitivement, elles fêtaient l'âge où elles pouvaient commencer à en chercher un, si leur père s'y était jusque-là refusé. Quant au chapeau - et primitivement le voile - il a de tout temps distingué la femme mariée de la jeune fille « en cheveux ». Les garçons, de leur côté, fêtent à trente ans saint Nicolas : la différence d'âge semble calquée sur le décret de Henri II. Ne nous laissons pas abuser, cependant, par des mythes romantiques postérieurs. La sujétion des enfants à la volonté paternelle est alors une preuve de sagesse et non de tyrannie. Lorsque nous pensons aujourd'hui au mariage clandestin, nous avons souvent à l'esprit Roméo et Juliette, le forgeron de Gretna Green, et le despotisme des pères ligués contre de pauvres amants. Deux siècles de romantisme nous ont appris à assimiler amour et mariage. Mais au xvie siècle encore, ce sont deux réalités différentes, sinon antinomiques. Le plus clair a ce propos est Montaigne, qui approuve sans réserve le mariage organisé par les parents, « à l'opposite des conventions déplaisantes». Les mariages fondés sur l'amour et sur les désirs amoureux, estime-t-il, échouent plus vite que les autres. « faut des fondements plus solides » : un bon mariage refuse J. « compaignie et conditions de l'amour », et préfère celles c l'amitié. Toute femme préfère être l'épouse que la maîtres -de son mari. Si le mari, d'ailleurs, a une maîtresse, il préfère avarice ou pour une autre raison, refusent de marier leurs fils (le cas est évoqué par les juristes), rien ne s'oppose à ce que le curé prenne le relais et enregistre le mariage. Il ne s'exposerait en ce cas qu'à des peines civiles 22. Tout cela est repris dans le catéchisme qui doit vulgariser les décisions du concile. Tout au plus exhorte-t-on les « fils de famille » à ne jamais contracter de mariage à l'insu des parents, et a fortiori contre leur volonté 23.