L'idéal chrétien2
Indécision manifeste, donc, du concile d'Aix-la-Chapelle. On conseille prudemment au roi de laisser la reine prendre le voile et de garder quant à lui la chasteté. Lothaire s'entête. Et ses héritiers ? Un deuxième concile est réuni la même année dans la même ville. Des prélats étrangers, cette fois, y sont conviés, à commencer par Hincmar lui-même. Prudent ou réellement malade, celui-ci décline. On feint de prendre son silence pour un assentiment et on condamne Theutberge à une pénitence publique et à l'emprisonnement dans un monastère. D'annulation, pas un mot.
C'est là que l'affaire s'envenime. Hincmar, dont on a déformé les propos, s'enflamme et pond un lourd traité Sur le divorce du roi Lothaire et de la reine Theutberge qui restera une de nos plus précieuses sources d'information sur les origines de celle affaire. Theutberge, qui s'échappe de son monastère, porte l'affaire devant le pape. Lothaire convoque un troisième concile à Aix-la-Chapelle, où huit prélats lorrains confirment la semence du précédent et permettent enfin le remariage du roi. Lothaire souhaiterait une confirmation du pontife, mais ses ambassadeurs auprès du Saint-Siège sentent la réticence de Nicolas 1" : le roi ne tergiverse plus, il épouse Waldrade, la entre concubine jadis répudiée, et la proclame reine.
On soutiendra que le roi était légitimement uni à Waldrade avant d'épouser Theut-berge. La seconde union doit donc être annulée. Les légats du pape, corrompus par le roi, acceptent l'argument, oublient de lire les lettres de Nicolas Ier, et le concile de Metz ratifie les précédents. Colère à Rome ! Les deux ambassadeurs venus annoncer au pape les décisions du concile, respectivement achevêques de Cologne et de Trêves, sont purement et simplement déposés par le pontife. L'affaire prend alors une ampleur européenne. Les rois de Francie et de Germanie (oncles de Lothaire), le roi d'Italie (son frère) prennent parti, tantôt pour, tantôt contre l'annulation du mariage. Dieu semble s'en mêler lui-même, qui envoie la fièvre au roi d'Italie venu à Rome troubler la paix pontificale. Quant à Charles le Chauve, roi de Francie, il guigne la Lotharingie voisine et verrait bien son neveu mourir sans héritier. Aussi s'oppose-t-il à la dissolution du mariage avec une reine providentiellement stérile !
Une menace d'excommunication, la pression de ses royaux oncles, auront raison du jeune Lothaire : en 865, il reprend Theutberge et livre Waldrade au légat du pape. « L'Église, commente Robert Parisot, dans la personne de son chef, triomphait donc et faisait partout reconnaître son autorité, par les rois comme par les métropolitains. En quelques années de pontificat, Nicolas avait fait faire à la papauté des progrès tels que ses prédécesseurs n'en avaient pas depuis plusieurs siècles accompli de pareils !. »
Victoire fragile, sans doute : Waldrade s'échappe des mains du légat et retourne en Lorraine ; les archevêques déposés rentrent en grâce auprès du roi; Lothaire humilié se réconcilie avec les rois chrétiens, effrayés du pouvoir que prend le Saint-Siège... Les ambassades à Rome se multiplient, et Theutberge elle-même écrit au pape pour obtenir l'annulation de son mariage la reprise de la vie commune n'avait sans doute pas été un cadeau. Lothaire d'ailleurs prépare un nouveau procès et la mort de Nicolas Ier, en 867, porte sur le trône pontifical un homme plus accommodant, Adrien II. Tout semble alors rentrer dans l'ordre : le nouveau pontile lève l'excommunication de Waldrade, accepte de revoir ses posi¬tions dans un nouveau concile et permet à Lothaire de se rendre à Rome pour se justifier de vive voix, ce qu'avait toujours refusé son prédécesseur. Le roi repart « plein de joie » sa cause est sur le point de triompher.