Nouveau type d'union1

Des lois de 1977, 1978, 1983 donnent ensuite aux couples non mariés des droits jadis réservés aux époux légitimes : droit à bénéficier de la sécurité sociale de son concubin, à l'assurance maternité, aux prestations familiales, à l'aide personnalisée au logement... Sans doute, depuis 1946, la plupart des prestations familiales étaient liées à la constitution d'un « foyer » et non plus au « mariage », mais les droits réservés aux époux de F élargis aux concubins ne concernaient que les couples ayant un enfant. Dans les années 1970-1990, les concubins sans enfants commencent à être reconnus comme de vrais couple. La loi sur le divorce de 1975 a en effet fait évoluer la notion de couple : ce qu'on reprochait jadis aux concubins, c'était la brièveté de leur union. À partir du moment où les mariages sont de plus en plus brefs, la différence s'estompe entre les deux types d'unions. Dans les statistiques, les notions de «famille», de « couple », de « ménage », de « foyer » remplacent désormais celle de « mariage ». La France -.commence à penser différemment. À l'inverse, la jurisprudence exige désormais des concubins les devoirs jadis réservés aux époux. Le devoir d'assistance, par exemple, s'il n'est pas automatique, peut devenir exigible par habitude : un concubin qui aide financièrement sa maîtresse ne peut pas interrompre brusquement ses versements 42. Le concubinage peut ainsi créer des obligations vis-à-vis d'autrui ou vis-à-vis du compagnon. La « théorie de l'apparence » impose de dédommager un tiers qui se trouvait lésé par une personne vivant en concubinage, si les apparences la présentaient comme mariée. Un concubin peut ainsi, dans certains cas, se trouver responsable de« dettes de sa compagne. Obligations entre concubins, également : si la femme travaille sans salaire pour son compagnon, elle peut au moment de la séparation, intenter une procédure pour « enrichissement sans cause » si elle a été manifestement appauvrie par la vie et le travail en commun. Notons également que ces 18,5 % de mariages légitimant des enfants ne représentent que 30,3 % des naissances « illégitimes » (69 455 sur 229 100 enfants nés hors mariage). La grosse majorité des couples non mariés ne juge donc pas utile d'officialiser l'union à la naissance d'un enfant. La proportion de légitimations augmente d'ailleurs avec l'âge (13 '1i pour les mères de moins de 25 ans, 21 % pour les 25-34 ans, 5-% pour les 35-39 ans) et varie selon l'activité professionnelle (13 % des unions où l'époux est cadre, 23 % lorsqu'il est ouvrier et 38 ° lorsque la femme est inactive 48). Il est probable que le nombre de parents, hommes ou femmes, élevant seuls un enfant après divorce, a fini par imposer l'idée que le mariage n'était pas une garantie pour l'enfant, et que le couple était aussi stable (ou aussi fragile) sans passer devant les autorités civiles et religieuses. Le mariage ne permet pas seulement de faire reconnaître son couple et l'amour qui l'unit, mais surtout de s'intégrer à la société, de se poser comme homme (ou femme) accompli« de montrer à tous les badauds Qu'il y a une fille qui m'a trouvé beau », disait jadis Bourvil dans Vive la mariée. C'est ce que ressentait un jeune couple interrogé par Louis Roussel : « Lorsqu'on est invité quelque part, c'est plus facile de présenter sa femme que son amie . » Mais l'image sociale du couple est fonction du milieu qu'il fréquente, et le progrès de l'union libre la change petit à petit. Dans une société qui a perdu tous ses rites initiatiques, le mariage est la seule façon de changer d'état, de se dévêtir de sa vieille peau, de rompre brutalement avec le passé. Le métier ne joue ce rôle que plus tardivement : instable, venant après de longues études, voire après une période de chômage, il ne peut plus « poser un homme.