Virginité et monogamie

Le divorce manqué de Lothaire est un des pivots de l'histoire du mariage, du fait surtout de la personnalité de Nicolas Ier et de Hincmar. L'archevêque de Reims, par les écrits que suscitent ce scandale et d'autres cas similaires, devient un des grands théoriciens carolingiens du mariage, et contribue à accentuer le rôle de l'Église dans cette affaire essentiellement civile. Sans doute la présence de Jésus aux noces de Cana a-t-elle sanctifié le mariage, mais la légende veut, au Moyen Âge, que le marié, un certain Jean, ébranlé par le miracle de l'eau changée en vin, ait immédiatement rompu ses noces pour devenir le disciple préféré... Quant à la mariée, une certaine Madeleine, elle serait de désespoir tombée dans la prostitution. Et à d'autres noces bénies par saint Thomas, les deux mariés choisissent de vivre dans la chasteté parfaite. Voilà qui ne plaide pas pour l'assistance de l'Église aux noces civiles! De fait, toute la tradition chrétienne primitive s'entend avec saint Paul pour considérer le mariage comme un pis-aller, lorsqu'on ne peut conserver la chasteté et qu'on risque de succomber à la fornication (relations sexuelles hors mariage). « Mieux vaut se marier que brûler » : la célèbre for-jiuie de l'Apôtre servira de devise aux théologiens médiévaux un mariage. Mais dans l'échelle des valeurs, la virginité consacrée à Dieu est bien supérieure, ainsi que la continence gardée par les veuves. Dès qu'il y a relation sexuelle, il y a soupçon de Plaisir, donc de péché.